Enfant, tous les lundis, j'allais passer le nuit chez ma grand-mère maternelle. Dans son appartement quai de Rome (pour les liègeois). Invariablement, en fin d'après-midi, nous nous installions à la fenêtre de sa toute petite cuisine et nous restions là à papoter tous en grignotant pains au chocolats et tasse de nesquick surdosée. J’appréciais beaucoup ces moments, sorte de liturgie connue de nous seuls. De là , j'avais vue sur le
pont de Fragnée
et
l'union nautique :
Juste à côté, se trouvait une toute petite île, 10m carré tout au plus. Mais à l'époque, cela n'avait aucune importance, je rêvais d'y habiter et de m'y construire une cabane, tel un robinson urbain. Je ne manquais jamais d'en faire par à mon aïeul, qui à tous les coups me répondais qu'elle m'appartiendrai sûrement un jour mais qu'il faudrait que je travaille beaucoup. (gna gna gna)
Aujourd'hui, l'île existe toujours, j'habite juste à côté. Je passe devant trois ou quatre fois par jour, et à chaque fois je repense à ma grande mère (et à mon grand père, mais ça c'est une autre histoire, croyez-moi). Hier soir, cherchant un bon sujet à photographier, mes pas m'ont mené sur le quai, au bord de cette île. j'y ai passé un long moment, cherchant le bon angle pour rendre toute la beauté de l'endroit. Tout m'est revenu d'un coup. J’ai regardé la fenêtre de la cuisine. C'était allumé. Malheureusement ma grand-mère n'y habite plus (elle nous a quittés il y a de ça quelques années). Ce fut étrange de me retrouver à cet endroit. Comme découvrir l'envers du décor d'un passé révolu...
Et tandis qu'assis au bord de l'eau, les souvenirs affluaient par brouettes, une terrible constatation s'imposa : cette île ne serai jamais mienne. Frustration. Qu'à cela ne tienne, on l'appellerai désormais :

"the jerohmallnightlong island"
avec l'accent, s'il vous plaît.
written from a glaucous cybernétique café.