Benito.
Par jerohm, jeudi 2 février 2006 à 16:26 :: les portraits :: #506 :: rss

Portraits imaginaires, biographiques, inspirés … ou pas.
Benito va sur ses cinquantes ans. Et il en a marre. Marre de sa femme, marre de ces gosses, marre de son job. Et par dessus tout marre de son boss Luigi, qui l’exploite sans vergogne jusque tard le soir. La boite à Luigi, c’est pas compliqué, c’est récupérer de vieux camions, de vieux autocars rachetés ont ne sais où. Le boulot de Benito ? Les découper aux chalumeaux pour les envoyer en pièces détachées via des conteneurs en Amérique du sud. C’était temporaire qu’il lui avait dis à l’époque.
Mais ce matin, dans sa voiture lancée sur l’autoroute, il sent encore ce sentiment qu’il connaît trop bien : une haine sourde et glaciale qui lui envahit les tripes. Benito a atteint le point de rupture, le no way-back. Sa tête bourdonne. Avec l’âge les gueules de bois ont de plus en plus de mal à passer. Il passe une main sous le siège conducteur et en relève l’éternelle bouteille de Jack’s planquée là , trois gorgées au goulot pour calmer les tremblements. Puis il sent le liquide chaud s’insinuer dans tout son être. Les idées deviennent plus claires. C’est ça qui a fichu tout par terre se dit-il. Jamais il n’avait touché à l’alcool avant de rentrer chez Luigi, il y a de ça dix ans. Dix ans de perdu. L’alcool Sujet de conflit permanent avec Petra, du désintéressement de ses enfants. La fin de son ménage il la doit à ça et … à luigi. Con comme un manche, petit dictateur chauve ultra speedé, expert en boniment. Même pas arrivé à se tirer la secrétaire, qui ne demandait que ça pourtant. Luigi n’est même pas une énigme, c’est du cent pour cent brut de décoffrage, l’instinct total fait homme. Et ça lui a réussi, ce con.
Mais aujourd’hui, Benito est à bout de souffle et le métal froid contre sa hanche lui dit que tout se terminera bientôt … enfin.




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